Invitation

 

Yvon Gallant: À la valdrague
Référence : L'Acadie Nouvelle - David Lonergan - 23 mars 2001

Et la Galerie d’art de l’Université de Moncton (GAUM) rayonne des couleurs vives qui habitent les tableaux d’Yvon Gallant.

Les œuvres, affirme Gallant dans le titre qu’il a donné à son exposition, sont présentées À la valdrague. Il est beau ce mot «valdrague», vieux terme maritime français qui signifiait «en mauvais ordre» et que les Acadiens ont préservé en l’élargissant à tout ce qui est en désordre, à l’abandon ou à la ruine écrit Yves Cormier dans son Dictionnaire du français acadien.

Est-elle ainsi, cette exposition? Il faut dire qu’on y retrouve un peu de tout comme si Gallant avait choisi de nous présenter un «état des lieux». Si la plupart des tableaux couvrent les années 1999 à 2001, certains remontent jusqu’en 1995, clin d’œil au passé récent de l’artiste. Bien sûr, Gallant est fidèle à lui-même: anecdotes inspirées par la vie quotidienne, personnages sans visages, couleurs vives, titres évocateurs et narratifs, opposition entre l’approche figurative des personnages et celle abstraite des fonds.

Le tableau La ville de Moncton (1999) vue de son atelier du Centre culturel Aberdeen, pourrait-on ajouter, est un bon exemple de son art de faire quand il s’agit de traiter un paysage. Au premier plan, le Parc des arts du Sommet et la station service Métro en pleine rénovation. Les maisons sont esquissées, réduites à leur plus simple expression (presque une gestuelle enfantine) et habillées de couleurs qu’elles gagneraient à porter dans la «vraie vie». Au fond, la tour NBTel, l’Assomption et la cathédrale que le peintre a déplacé de son socle pour la placer au niveau des deux autres emblèmes de la ville. Traitement éloigné du réalisme et en même temps joli «portrait» de ce qu’évoque Moncton.

Plus aventureuse au niveau de la forme, la série des quatre tableaux intitulés La mort d’Alyre (2000). Tout à tour, Gallant nous présente Alyre sur son lit entouré du personnel soignant, recevant de la visite, souffrant, et mourant. Les tableaux sont complexes, les détails nombreux, les personnages en action, les couleurs toujours évocatrices. Autre originalité, il a peint à l’acrylique sur des panneaux de cuivre ce qui contribue à l’effet qui se dégage de l’ensemble.

Plus classiques, ce Gitan qui me vole 500 francs (1999) dans lequel les deux personnages placés à l’avant-plan sont entourés de banderoles, signe d’une fête populaire et ces Gossipeuses de la rue Lewis (2000), trois femmes de face en position d’être photographiées devant leurs trois maisons presque identiques aux jolies couleurs. Dans le même esprit (et une de mes préférées), la Vieille femme marchant sur la rue Archibald, une toile délicatement épurée. Par contre, certains tableaux parmi les plus récents m’interrogent. Le diptyque La plage de Shédiac (2000) me semble manquer de cette vie qui donne aux œuvres de Gallant toute leur force. Couleurs fades, personnages sans ces caractéristiques qui nous interpellent: on dirait que Gallant n’a pas su trouver l’élément déclencheur de son tableau. La poule heureuse à Paris (1999) m’apparaît également plus fragile. Bien sûr, elle est porteuse de l’humour du peintre qui a placé une poule couvant au premier plan et la Tour Eiffel au second mais la recherche de textures (une part importante de ses œuvres les plus fortes) demeure imprécise.

En regardant d’un coup d’œil l’exposition, j’ai eu l’impression que Gallant avait décidé de tout montrer ce qu’il avait fait depuis un peu plus de deux ans en laissant le soin au visiteur de faire le tri. Un peu sur le principe de la philosophie du romancier et scénariste Victor Lévy Beaulieu qui part du principe que c’est en publiant beaucoup que les chefs d’œuvres vont apparaître et que de toutes façons ce n’est pas à lui de faire le choix mais aux lecteurs.

Le titre de l’exposition prend alors tout son sens et c’est à nous, visiteurs, de choisir. Et comme chacun à des goûts bien différents, on peut aisément imaginer que les regards sur les œuvres varieront selon les individus...

Yvon Gallant a invité la danseuse Natalie Morin à venir présenter ses tableaux dans la petite salle. Geste sympathique qui exprime l’amitié de Gallant pour Morin et qui nous rappelle que Gallant a peint des costumes de spectacles pour Morin. Reste à savoir si Morin va inviter Gallant à danser... À voir jusqu’au 1er avril.